
La guipure d'Irlande en Bretagne : une nécessité humaine et économique
Sur le modèle irlandais à partir des années 1850, une industrie domestique de la guipure d'Irlande se développa également en France, dans les dernières années du XIXème siècle. Tout d'abord de manière assez brève en Franche-Comté et dans l'est du pays, puis très rapidement, à la pointe sud-ouest de la Bretagne.
Au début du XXème siècle, tout le tissu économique et social des ports de pêche de Cornouaille, et de leurs environs, reposait sur l’activité sardinière, clé de voûte des maigres revenus d’une grande majorité de familles.
Au tournant du XIXème au XXème siècle, les fantaisies migratoires du petit poisson argenté mirent à l’arrêt cette mono-activité, jetant dans la misère les populations des ports de pêche de Douarnenez à Concarneau, en passant par Audierne et le pays bigouden.
A la différence de l’Irlande 50 ans plus tôt, la famine fut évitée de justesse grâce à un mouvement de solidarité local et national, orchestré par les notables locaux et les institutions religieuses.
Mais, la crise s’inscrivant dans la durée, les soupes populaires ne pouvaient suffire sur le long terme, et d’autres solutions devaient émerger.
Des religieuses et dames de la bonne société locale, reprenant à leur compte l’initiative irlandaise 50 ans plus tôt, importèrent la technique de la guipure d’Irlande, et l’enseignèrent aux ouvrières des conserveries et à leurs filles, leur procurant un revenu de substitution.
Mmes Penanros et Chancerelle à Douarnenez, Mme de Lécluse à Plouhinec, Sœur Pauline au Guilvinec, Mme Chauvel et Sœur Suzanne à l’Ile-Tudy, Mlle de Lonlay à Lanriec, Nevez et Trégunc, créèrent des ateliers « ouvroirs », où plusieurs centaines de dentellières produisaient de la guipure d’Irlande.
Beaucoup d’autres travaillaient à la maison. En 1910, une étude préfectorale a estimé à environ 2500 le nombre de dentellières de métier ou occasionnelles en sud Cornouaille.
La dentelle ainsi produite était collectée et revendue à Paris et aux Etats-Unis, via le Syndicat professionnel créé par la franc-comtoise Mlle de Marnier, ou encore par la maison Pichavant à Pont-l’Abbé qui fournissait également le fil.
Elle connut même son heure de gloire, fièrement exposée à la Fête de la Dentelle aux Tuileries en 1905.
Ainsi, à 50 ans d’intervalle, la guipure d’Irlande sauva deux communautés, déjà très proches par leur histoire, en leur procurant revenus et dignité retrouvée.