
La guipure d’ Irlande : l’ âge d’or du crochet
L ’apparition du crochet en Europe
Bien qu’on ignore l’origine exacte du crochet, on en retrouve des traces dans diverses cultures à travers le monde, y compris en Europe, en Afrique et en Asie.
On considère aujourd’hui que le tricot et le crochet ont le même ancêtre : le Nalebinding (“lier avec une aiguille” en Danois), utilisé pendant la période viking en Scandinavie pour créer des vêtements résistants.
Il est généralement accepté que le crochet tel que nous le connaissons aujourd’hui a émergé à la fin du XVIe siècle.
Plusieurs pays revendiquent son invention, notamment l’Angleterre, l’Allemagne, l’Écosse et la France.
Ce furent d’abord les religieuses qui, dans les couvents, l’enseignèrent aux jeunes filles. Puis, la technique se développant, le crochet devint le passe-temps favori des dames de la cour d’Italie, d’Espagne et de France.
Dans les classes les plus aisées, les femmes maniaient le fil de coton et le crochet, imitant les précieuses dentelles à l’aiguille d’Espagne et d’Italie, notamment la prestigieuse dentelle de Venise.
L ’émergence de la guipure d'Irlande
Entre 1845 et 1852, la crise du mildiou qui frappa toute l’Europe, provoqua en Irlande une catastrophe humanitaire sans précédent.
Sur la deuxième moitié du XIXème siècle, La Grande Famine causa le décès ou l’émigration d’environ 1 million de personnes, soit plus du tiers de la population de l’ile.
Dans ce contexte dramatique, des religieuses enseignèrent la technique aux plus modestes, leur procurant un revenu de substitution.
Le succès fut immense, la guipure d’Irlande s’exportant dans le monde entier pour des usages vestimentaires ou de décoration.
Une véritable industrie domestique vit le jour, les Irlandaises redressèrent la tête, et cet art populaire devint un symbole national.
Suivant la diaspora irlandaise, la technique s’exporta dans le monde entier, en Europe, aux Etats-Unis, en Australie, et jusqu’en Asie.
La transmission jusqu’alors exclusivement orale, fit désormais l’objet d’une multitude de publications dans toute l’Europe, de la seconde moitié du XIXème siècle à 1914.
L a guipure d'Irlande en France
Parmi les ouvrages qui continuent à faire référence aujourd’hui, on trouve en très bonne place ceux d’autrices françaises : Mlle Riego de la Branchardière (considérée comme la mère du crochet moderne), Mme Hardouin et Thérèse de Dillmont.
En France également, une industrie domestique de la guipure d’Irlande se développa dans les dernières années du XIXème siècle, d’abord en Franche-Comté puis dans tout l’est du pays, et enfin et surtout, en Bretagne.
Ce surprenant développement, porté par les mouvements d’Assistance par le Travail, se produisit à contre-courant de l’essor de la dentelle mécanique (dentelle Leavers de Calais-Caudry), qui au même moment, sonna le glas de l’industrie des dentelles aux fuseaux et à l’aiguille.
Si bien qu’une rivalité vit le jour entre dentellières irlandaises et françaises, qui par le biais de leurs circuits de distribution respectifs, se disputaient âprement le marché de la bourgeoise élégante, tant en Europe qu’aux Etats-Unis et dans le Commonwealth.
Un patrimoine inestimable
Avec le recul, on ne peut que s'étonner du contraste entre les riches bourgeoises porteuses de cette dentelle, et leurs modestes productrices. Mais les choses ont-elles vraiment changé aujourd'hui ?
Irlandaises ou bretonnes, les dentellières au crochet écrivirent, probablement sans en avoir conscience, une page remarquable de la mode féminine.
De leurs terroirs reculés, leurs modestes ateliers ou logements, elles produisirent de leurs mains une somme incalculable de merveilles dentellières. Certaines de ces pièces, inestimables, s'exposent aujourd'hui jusque dans les grands musées new-yorkais.
« L’Irlande » fut au faîte de sa popularité à la Belle Epoque, puis en 1914, un cataclysme mondial sonna à son tour, la fin de son heure de gloire.